From nutrients to foods: The alimentary imaginary of the Mediterranean diet

Simona STANO

Abstract


Abstract: Together with clothing, urban artefacts and other aspects of daily life, nutrition is not only one of the basic human needs, but also a system of communication (Barthes, 1961) and expression of sociocultural identity (Levi-Strauss, 1965; Montanari, 2006; Stano, 2015). Undoubtedly food habits, preferences and taboos are partially regulated by ecological and material factors (Harris, 1975). By contrast, all food systems are structured and given particular functioning mechanisms by specific societies—or, better, cultures (Volli, 2015). Although several scholars have remarked this fact, most present-day texts, discourses, and practices concerning food seem to particularly stress a sort of supposed “naturalness” inherent to food systems. Such “naturalness” is generally conceived as both the praise of everything that opposes artificiality (Marrone, 2011) and a return to an original and idyllic past, namely a “tradition” crystallised in “authentic” recipes, “typical” restaurants, etc. Responding to the urgency of enhancing the academic debate on these issues, this paper analyses a specific case study that, albeit being particularly significant, has not been sufficiently investigated yet: the so-called “Mediterranean diet”. The idea of such a diet originated from the scientific field, in the wake of medical research (Keys & Keys, 1975; Keys, 1980) correlating the low incidence of cardiovascular diseases among the inhabitants of specific areas (i.e. the Cilento region in Italy) and a particular nutritional regime, mainly defined by the use of certain ingredients and specific techniques of preparation of food. The interest in this topic has then increasingly grown, extending beyond the simple definition of healthy rules regulating nutrition, and embracing the social and cultural implications of the particular “lifestyle” that has come to be identified with the Mediterranean diet. In this sense, the genealogy of the inclusion of such a diet in the UNESCO Representative List of the Intangible Cultural Heritage of Humanity—with the initial rejection in 2007, the approval in 2010 in relation to Italy, Greece, Spain and Morocco, and the extension to Portugal, Croatia and Cyprus in 2013—is emblematic. Moreover, it is essential to point out the important role played by sociocultural elements in the definition of the Mediterranean diet provided by the United Nations: “[it] involves a set of skills, knowledge, rituals, symbols and traditions concerning crops, harvesting, fishing, animal husbandry, conservation, processing, cooking, and particularly the sharing and consumption of food” (UNESCO, 2013). These observations open the way to interesting questions concerning both the processes of meaning making and the definition of food systems. We should notice, first of all, the transition from a purely material conception of the Mediterranean diet, stressing its effects on the human body, to a primarily cultural vision, which rather conceives nutrition as a “form of life” (Fontanille, 1993)—that is, a set of rituals, symbolic operations, and practices of expression of “taste” (i.e. a term significantly referring both to “the sense by which [we distinguish] the qualities and flavour of a substance” (Collins, 2014) and to our “preference or liking for something” (Ibid.)). Furthermore, the active and transformative—and therefore conscious—nature of such operations emerges, suggesting a process of “invention of [the] tradition” (Hobsbawm & Ranger, 1983) of the Mediterranean diet, whose imaginary is characterised by a series of remarkable inconsistencies. Although the lifestyle described by the United Nations and the features remarked by many scholars (see Moro, 2014) have been historically shared by several peoples leaving in the Mediterranean area, it is not possible to deny the significant differences among the numerous Mediterranean diets, which are in fact very varied, and not easy to define nor to classify. We should consider, moreover, the processes of globalisation and hybridisation that have affected food in the last decades, with important implications on the grammars, syntaxes, and pragmatics of systems that, instead, tend to be subjected to a process of “crystallisation” denying such dynamism. This paper addresses these crucial issues, making particular reference to relevant texts and discourses that have marked the genesis and development of the so-called Mediterranean diet and of the collective imaginary concerning it.

Keywords: imaginary, Mediterranean diet, naturalness, tradition, form of life

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Résumé : Ainsi que les vêtements, les artéfacts urbains et d’autres aspects de la vie quotidienne, la nourriture n’est pas seulement l’un des premiers besoins de l’homme, mais aussi un système de communication (Barthes, 1961) et d’expression de l’identité socioculturelle (Lévi-Strauss, 1965 ; Montanari, 2006 ; Stano, 2015). Sans aucun doute les préférences et les tabous alimentaires sont partiellement réglementés par des facteurs écologiques et matériels (Harris, 1975). Toutefois, tous les systèmes alimentaires sont structurés par des sociétés — ou, mieux, des cultures — spécifiques (Volli, 2015). Bien que plusieurs chercheurs aient remarqué ce fait, la plupart des textes, discours et pratiques concernant l’alimentation semblent mettre l’accent sur une sorte de « naturalité » supposée inhérente aux systèmes alimentaires. Cette « naturalité » est généralement conçue à la fois comme l’éloge de tout ce qui s’oppose à l’artificialité (Marrone, 2011) et comme un retour à un passé original et idyllique, notamment à une « tradition » cristallisée dans des recettes « authentiques », des restaurants « typiques », etc. Pour renforcer le débat académique sur ces questions, cet article se propose d’analyser une étude de cas spécifique qui, quoique étant particulièrement important, n’a pas été encore suffisamment étudiée : le soi-disant « régime méditerranéen » (ou « diète méditerranéenne »). L’idée d’un tel régime alimentaire provient du domaine scientifique, dans le sillage de certaines recherches médicales (Keys & Keys, 1975 ; Keys, 1980) corrélant la faible incidence des maladies cardiovasculaires chez les habitants de certaines zones géographiques (en particulier la région du Cilento en Italie) à un régime nutritionnel particulier, principalement défini par l’utilisation de certains ingrédients et des techniques spécifiques de préparation des aliments. L’intérêt pour ce sujet a ensuite grandi de plus en plus, en portant au-delà de la simple définition de règles saines régulant la nutrition et en embrassant les implications sociales et culturelles du « style de vie » qui maintenant correspond à la dénomination de « diète méditerranéenne ». En ce sens, la généalogie de l’inclusion d’une telle diète dans la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’UNESCO – avec la réinjection initiale en 2007, l’approbation en 2010 par rapport à l’Italie, la Grèce, l’Espagne et le Maroc, et enfin l’extension au Portugal, à la Croatie et à Chypre en 2013 – est emblématique. En outre, il est essentiel de souligner le rôle joué par la dimension socioculturelle dans la définition de la diète méditerranéenne fournie par les Nations Unies : « [elle] est l’ensemble des savoir-faire, connaissances, rituels, symboliques et traditions qui vont du paysage à la table et qui concernent, dans le bassin méditerranéen, les cultures, les récoltes, la cueillette, la pêche, l’élevage, la conservation, la transformation, la cuisson et, tout particulièrement, la façon de partager la table et de consommer les aliments » (UNESCO, 2013). Ces observations ouvrent la voie à des questions intéressantes concernant à la fois les processus de signification et les dynamiques de définition des systèmes alimentaires. Il faut noter, tout d’abord, le passage d’une conception purement matérielle du régime méditerranéen, soulignant ses effets sur le corps humain, à une vision essentiellement culturelle, qui conçoit plutôt l’alimentation comme une « forme de vie » (Fontanille, 1993) – c’est-à-dire comme un ensemble de rituels, opérations symboliques et pratiques d’expression du « goût » (mot qui, de manière significative, fait référence à la fois à l’« un des cinq sens, renseignant sur les saveurs et la composition des aliment » (Larousse, 2015) et à la « capacité à discerner ce qui est beau ou laid selon les critères qui caractérisent un groupe, une époque, en matière esthétique » (Ibid.)). De plus, le caractère actif et transformateur – et donc conscient – de telles opérations émerge, ce qui suggère un processus d’« invention de la tradition » (Hobsbawm & Ranger, 1983) de la diète méditerranéenne, dont l’imaginaire est caractérisé par une série d’incohérences remarquables. Bien que le style de vie décrit par les Nations Unies et les caractéristiques remarquées par de nombreux chercheurs en relation au régime méditerranéen (voir Moro, 2014) aient été historiquement partagés par plusieurs peuples vivant dans le bassin méditerranéen, il est impossible de nier les différences significatives entre les nombreuses diètes méditerranéennes, qui sont en fait très variées et difficiles à définir ou à classer. On devrait envisager, en outre, les processus de globalisation et d’hybridation qui ont affecté la nourriture dans les dernières décennies, avec des conséquences importantes sur les grammaires, les syntaxes et les pragmatiques de systèmes qui, cependant, ont tendance à être soumis à un processus de « cristallisation » qui semble nier leur dynamisme. Cet article traite de ces questions cruciales, en faisant notamment référence à des textes et des discours pertinents qui ont marqué la genèse et le développement du soi-disant régime méditerranéen et de son imaginaire collectif.

Mots-clés : imaginaire, régime méditerranéen (diète méditerranéenne), naturalité, tradition, forme de vie

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On line ISSN 1775-352X
Paper ISSN 2066-5083

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